MERZOUGA RALLY 2018 - ETAPE 2 - 17/04/2018 / PHOTO : AURELIEN VIALATTE / @WORLD / ASO

Ce mardi, les compétiteurs de l’Afriquia Merzouga Rally ont parcouru 175,30 km dans les environs de l’hôtel Tombouctou avec de nombreux passages de dunes. Si le niveau s’élève de jour en jour, l’esprit convivial et amical au bivouac est toujours de mise. C’est le cas avec Ali Annaam, quadiste le jour, responsable d’un hôtel le soir. Ce Marocain unijambiste et haut en couleur est l’une des figures de ce rallye.

L’HISTOIRE DU JOUR. Dans la caverne d’Ali Anaam

En ce lundi soir, le soleil s’est couché derrière les dunes qui encadrent le Tombouctou hôtel. L’air est frais et l’heure est à la préparation des roadbook et au repos pour les compétiteurs. À une poignée de kilomètres du bivouac, pourtant, l’atmosphère est plus festif. À l’hôtel Ali el Coro, les compétiteurs croisent des supporters espagnols venus spécialement pour l’occasion. Thé, apéritif, chacun se mélange dans un joyeux brouhaha. D’un coin de l’œil, Ali Anaam, confortablement installé sur des coussins, observe la scène. À 43 ans, le maître des lieux savoure cette ambiance de rallye. Il alpague les pilotes dans les sept langues qu’il parle couramment – avec une préférence pour l’espagnol – et s’amuse des quelques bières qui trônent sur les tables : « certains oublient qu’il y a une étape demain ! »

Ali Anaam, lui, est déjà prêt à en découdre. Pour la troisième année consécutive, l’hôtelier participe à l’Afriquia Merzouga Rally cette année au guidon d’un quad Can-Am 800. Un « plaisir quotidien » pour ce Marocain de 43 ans qui connaît chacun dune et chaque recoin désertique de la région. « Depuis la fin des années 1980, j’emmène des touristes pour faire des randonnées en 4×4 dans le désert », raconte-t-il. Au début des années 2000, il acquiert un quad. Quand il n’emmène pas des étrangers dans les dunes, Ali déambule sans compter dans le désert et dépanne les touristes dont les véhicules sont ensablés contre quelques dirhams. En 1996, il décide de bâtir une auberge. Quatre chambres, une cuisine et un terrain face aux dunes pour héberger ses visiteurs. Parmi eux, Edo Mossi, le fondateur de l’Afriquia Merzouga Rally.

Le rallye se développe progressivement tout comme l’hôtel d’Ali qui compte désormais 40 chambres. Ali aime plus que tout assister aux étapes avec son quad, aider les pilotes ou les aiguiller comme en 2015 quand Laia Sanz, la meilleure pilote actuelle, le suit en le prenant pour un concurrent de l’Afriquia Merzouga Rally. L’année suivante, donc, Ali franchit le pas et devient compétiteur. Sa connaissance du terrain lui permet d’être performant, lui qui a signé une prometteuse 3e place lors de la 1ère étape, lundi. L’unique marocain en lice cette semaine rêve tout haut de participer au prochain Dakar à bord d’un Toyota Hilux. En attendant, il impressionne ses convives et les autres pilotes. « C’est une machine », lâche un ami espagnol impressionné par l’énergie qu’il déploie au quotidien. Ali est en effet unijambiste depuis la naissance et ne lâche ses béquilles que pour les accrocher derrière son quad durant les étapes. « Ça ne m’a jamais privé de rien. Je peux conduire des bicyclettes, des quads, des voitures automatiques ou manuelles, s’amuse-t-il entre deux éclats de rire. Il ne me reste que l’avion ! » En attendant, il se dit prêt à monter à nouveau sur son quad pour enchaîner les étapes et, pourquoi pas, viser la victoire. Avec Ali, pas de doute, le désert est le plus bel endroit de la terre.

LES ANECDOTES DU JOUR. 60 km en Side by Side… Sans volant !

Les compétiteurs ne sont pas épargnés par les galères depuis le début du rallye. Dans le bivouac, chacun échange sur les galères des autres et l’abnégation de chacun pour aller jusqu’au bout de l’étape. Lundi, le Side by Side du Portugais Bruno Afonso Martin (Can-Am) a ainsi réussi à rallier l’arrivée en étant privé de volant ! « Nous l’avons perdu à 60 km de l’arrivée et on a dû poursuivre en fixant une pince autobloquante pour se diriger » explique le pilote. A proximité de l’arrivée, ce sont les freins qui ont lâchés ! « C’était épique mais nous sommes parvenus à aller au bout », poursuit son copilote, Pedro Miguel Marques Da Silva. Par ailleurs, plusieurs motos ont été hélitreuillés, notamment à cause d’un problème de batterie et d’embrayage. « Je ne pensais pas que c’était aussi dur » souffle un des rescapés du jour.

LE CHIFFRE DU JOUR : 33

Parmi les 123 compétiteurs à l’Afriquia Merzouga Rally, 33 sont français. La France est en effet le pays le plus représenté parmi eux avec 15 motards, 4 quadistes et 14 pilotes de Side by Side. La seconde nation la plus représentée est l’Espagne avec 22 concurrents dont 15 motards, 3 quadistes et 4 Side by Side. Enfin, le podium des pays les mieux représentés est complété par le contingent italien qui compte 16 pilotes.

Merzouga, 17 avril 2018

LA QUESTION. Comment conserver une bonne concentration dans les longues spéciales ?

Franz Verhoeven, 10 Dakar au compteur et coach personnalisé auprès des compétiteurs amateurs tout au long de l’Afriquia Merzouga Rally : « Le plus important quand on fait du rallye, c’est de prendre du plaisir à rouler et naviguer. Il ne faut surtout pas aborder une étape à reculons ou sur la défensive. Après, nous avons tous nos méthodes pour faire le vide et rester concentré sur le pilotage, la navigation et les choix à faire. Lorsque je rentrais du Dakar, les gens me disaient : « c’était magnifique les paysages ». Moi, je n’avais rien vu, je regardais toujours devant ma moto et c’est tout ! Pour gérer la fatigue, il m’arrivait souvent de me focaliser sur ma respiration. J’avais fait du yoga pour optimiser mon souffle. Après chaque passage difficile (bourbier, oued), je prenais le temps de me concentrer en inspirant, expirant et en veillant à ce que l’oxygène se diffuse dans mon corps. C’est un petit truc qui m’a beaucoup servi ! »

FOCUS SUR… Le tourisme au Maroc en plein boom !

Après quelques années de baisse, le tourisme au Maroc a le vent en poupe. Pour la première fois, l’an dernier, le Royaume a dépassé la barre des 11 millions de touristes. Le ministre du tourisme et du transport aérien, Mohamed Sajid, a annoncé la semaine dernière que « les premiers chiffres de 2018 sont exceptionnelles ». Ainsi, certaines régions du pays attireraient plus de 20 % de touristes en plus durant ces premiers mois comparés à la même période l’an dernier. Les Français restent les plus nombreux à s’y rendre (3,7 millions en 2017, +9 %) devant l’Espagne. La large gamme d’activités sportives proposées, à l’image des excursions motorisées dans le désert du Merzouga, contribue également à renforcer la popularité de la destination.